manger

Créée à la Ruhrtriennale - International Festival of the Arts 2014
date de creation: 
2014

chorégraphie : Boris Charmatz
interprétation : Or Avishay, Matthieu Barbin, Nuno Bizarro, Ashley Chen, Olga Dukhovnaya, Alix Eynaudi, Julien Gallée-Ferré, Peggy Grelat-Dupont, Christophe Ives, Maud Le Pladec, Filipe Lourenço, Mark Lorimer, Mani A. Mungai, Marlène Saldana

 

nous mangeons couché nous dormons debout nous digérons les informations nous dansons la bouche pleine nous chantons en mâchant nous mâchons en marchant nous dansons en pensant en chantant en avalant nous attaquons le mouvement à partir de la bouche des lèvres des doigts que nous suçons des pieds qui touchent la nourriture au sol la danse est du palais la danse est des dents la danse est de la langue nous enlevons table et chaises et nappe nous enlevons le rituel du repas nous imaginons une sorte de repas en mouvement nous mangeons tout nous mangeons de tout tout le temps longue chaîne de nourriture passées de bras en bras la nourriture disparaît dans les corps le décor devient invisible la chorégraphie des gens devient aussi la chorégraphie des aliments qui traversent l'espace puis le corps par l'intérieur l'essentiel est enfoui dans la gorge nous ne voulons pas mourir étouffé nous faisons la grève de la faim notre corps devient un objet de grève nous avalons le message nous avalons le réel nous digérons les conflits un enfant mange en dansant

notes (extrait), Boris Charmatz



Chorégraphe et directeur du Musée de la danse - institution hybride qui digère les formats et décadre les corps -, Boris Charmatz soumet la danse à des contraintes formelles qui redéfinissent le champ de ses possibilités : canon potentiellement infini de gestes dans Levée des conflits, corps d'enfants inertes, animés par des adultes dans enfant... La scène lui sert de brouillon où jeter concepts et concentrés organiques, afin d'observer les réactions chimiques, les intensités et les tensions naissant de leur rencontre. Avec manger, c'est le centre de gravité du mouvement qui se trouve déplacé : comment mouvoir le corps non à partir des yeux, des membres, mais de la bouche ? Faire de cette béance un cadre perceptif à part entière ? Carrefour où se mélangent nourriture, voix, souffle, mots, salive, la bouche est un lieu de circulation où l'intérieur et l'extérieur, le moi et l'altérité se rencontrent, se goûtent, se jaugent, s'échangent, s'ingèrent. En saisissant cette métaphore comme moteur chorégraphique, Boris Charmatz balise un champ général de l'oralité : pâte mâchée, avalée, la matière physique se fait mixture proliférante. Ça bouffe, ça chante, ça se goûte, s'entremêle, ça rayonne de bouche en bouche jusqu'à envahir tout l'espace. Dans ce mouvement continu d'ingestion surgissent des mélodies mastiquées, des tableaux de chair, des sculptures de voix, de nourriture et de peaux, esquissant un horizon collectif et sensuel. À la frontière de l'installation mouvante et de l'objet sonore indéterminé, manger est un « réel avalé », une utopie déglutie : une lente digestion du monde.

Gilles Amalvi
in programme du Festival d'Automne à Paris, Théâtre de la Ville-Paris

 

 

lumière : Yves Godin
son : Olivier Renouf
arrangements et travail vocal : Dalila Khatir
assistant à la chorégraphie : Thierry Micouin
régie générale : Mathieu Morel
habilleuse : Marion Regnier
production : Sandra Neuveut, Martina Hochmuth, Amélie-Anne Chapelain
matières sonores : Ticket Man, The Kills ; Hey Light, Animal Collective ; King Kong, Daniel Johnston ; Leisure Force, Aesop Rock ; Je t'obéis, Sexy Sushi ; La Folia, Arcangelo Corelli ; Symphony n°7, Ludwig van Beethoven ; Qui habitat, Josquin des Prez ; Three Voices, Morton Feldman ; Lux Alternae, György Ligeti
texte : Le bonhomme de merde in L'Enregistré, Christophe Tarkos, P.OL., 2014
production : Musée de la danse
coproduction : Ruhrtriennale - International Festival of the Arts, Théâtre National de Bretagne-Rennes, Théâtre de la Ville et Festival d'Automne à Paris, steirischer herbst-Graz, Holland Festival-Amsterdam, Kunstenfestivaldesarts-Bruxelles, Künstlerhaus Mousonturm Frankfurt am Main
remerciements : Imane Alguimaret, Marguerite Chassé, Noé Couderc, Lune Guidoni, Hypolite Tanguy, les étudiants de P.A.R.T.S. (Bruxelles) et du Master-Studiengang Performance Studies (Université d'Hambourg), Alexandra Vincens