héâtre-élévision

pseudo-spectacle
date de creation: 
2002

chorégraphie : Boris Charmatz
avec : Nuno Bizarro, Boris Charmatz, Julia Cima, Benoît Lachambre, Mathilde Lapostolle, Myriam Lebreton et Philippe Bailleul
lumière : Yves Godin
coordination artistique : Dimitri Chamblas
montage : César Vayssié
image : Madjid Hakimi
travail voix : Dalila Khatir

 

Note d’intention

Espaces imbriqués
L’espace appelé par le projet est celui de boîtes imbriquées les unes dans les autres, celle de l’objet télévision laissant la place à toute une série d’espaces filmés. Boîte noire de grand théâtre, ou boîtes plus réduites, la chorégraphie a toujours lieu dans l’intérieur symbolique d’une télévision, mais les échelles ne cessent de changer radicalement.

Hypnose
On vient à héâtre – élévision un par un, mais on y trouve le confort d’une fumerie d’opium. On a le droit à un demi-sommeil mérité et qui ne nuit pas au processus. Le déclencheur hypnotique, on l’emprunte au vocabulaire télévisuel marginal : la mire. Cible et gri-gri, c’est l’objet fixant idéal. Cet objet sera la couche récurrente du spectacle, signalant l’aspect hors - programme. L’alternance de séquences dansées et de mire conduira l’attention flottante du dormeur spectateur. 

Rythme
Un rythme russe archaïque et irrégulier qui nous empêche de sauter quand on ne l’a plus.

Le nœud
Je sens bien sans pouvoir préciser que héâtre-élévision appelle un nœud de danse qui n’a pas encore été trouvé, défini, écrit.
Tant qu’à risquer pour la danse l’hermétisme d’un lieu clos, le théâtre et la télévision, amenons-la tout proche de ce qui la menace a priori physiquement : visage et main à l’expression univoque, sièges trop habituels de la dramaturgie occidentale. Il se pourrait qu’on déniche des choses assez tordues dans la kinésiologie ouverte par la tenue des lèvres ou des paupières.
Il ne serait pas question de faire la grimace mais d’arquebouter des développements chorégraphiques à une chimie subtile des tensions langue et voix. (Ce n’est peut-être qu’une piste, mais cette danse-là articulée avec le truc du rythme russe archaïque et irrégulier, ça devrait rester en travers des corps).

Soin
Notre poste de télévision fera l’objet de soins inhabituels. 
L’objet télévision n’est d’habitude là que pour bombarder d’images, à moins qu’il ne traîne dans les espaces d’expositions, à l’abandon. héâtre-élévision organise au contraire une scénographie pour l’objet et le spectateur est convié à une séance individuelle.
La « représentation » a un début et une durée, même si le spectateur est bien entendu libre de sortir, étouffant de solitude, appelant d’autres soins.

Danseurs
Vous voyez souvent des danseurs à la télé, vous ?

Couches
De chorégraphies recouvrant d’autres chorégraphies recouvrant la mire des sons persistants de chorégraphies recouvertes
De sons résonnant déjà des gestes à venir des chorégraphies allant apparaître bientôt sur l’écran
Au milieu de chaque couche, une nouvelle couche
Une scène se remplit, se vide, un corps tire sur un bloc de terre cubique, on chante une musique russe moderne, on danse sur cette musique russe moderne, écrite pour contrebasses, piano et maillets, on s’éclate avec l’aide de nos visages (c’est là le théâtre en occident).

Nœud (suite)
Pour donner envie, sachez qu’on va tuer un lapin (pour le côté rituel), et qu’on restera parfois aussi amorphe que le spectateur.

Problème endogène
Que restera-t-il de nous, de notre art et de nos odeurs. Peut-on prétendre ne faire là encore que de la chorégraphie quand (on ne peut le nier), il s’agira aussi d’un film et d’une télévision ? 

Mire
La mire plutôt que le miroir ! Cela aurait pu être le titre, au nom du rôle principal… « Mire » ou la danse en orbite. Mais héâtre-élévision, voilà qui sonne encore plus vide, on sent bien le vide poétique, que le jus de danse va teindre. On n’annonce rien de ce qui fera la personnalité du projet ; on ne se doute pas que le projet est particulier, greffé sur la norme.

Gravitation
L’idée de se coucher vient du fait qu’il est impossible de regarder un western quand on est couché : on ne s’identifie pas bien au cavalier sur son cheval. A moins de coucher aussi le cavalier et le cheval, ce que héâtre-élévision propose.
Et alors ?
(le cavalier fait moins le fier.)

Boris Charmatz

 

mixage et montage son : Olivier Renouf, avec des musiques de Galina Ustvolskaya, Composition n°1, Dona Nobis Pacem (1970-1971) et de Philippe Bailleul
prise de son : Claire Thiébault
Conseil audiovisuel : Isabelle Tat
Photographe : Stéphanie Jayet
Direction technique : Jean-Michel Hugo
Régie générale : Fred Fournel
Construction : Christian Borger, Christophe Couzon, Christian Giordano, Laurence Rossignol
Stagiaire : Marie-Lou Burger
Durée : 52 minutes
Production Association edna ; Musée de la danse
Coproduction : Kaaitheater (Bruxelles), Le Cargo-Maison de la culture de Grenoble, Les Spectacles vivants-Centre Pompidou, Centre national de la danse, Centre chorégraphique national de Tours (accueil studio), Bonlieu-Scène Nationale (Annecy), Festival d'Automne à Paris, Montpellier Danse, Centre chorégraphique national de Montpellier Languedoc-Roussillon, Hebbel Theater (Berlin), Siemens Arts Program.
Avec le soutien du DICREAM (aide à la réalisation), de la compagnie DCA-Philippe Decouflé, de Iris Caméra et de Locaflash.
« héâtre-élévision » a été réalisé dans le cadre d'une résidence à La Chaufferie (Saint-Denis).